Deux sites, une ville, une vision

Ville résidentielle, pôle économique, plaque tournante des transports : Dietikon a de multiples facettes. Dans cette interview, le maire Roger Bachmann explique comment les quartiers de Niderfeld et de Silbern deviennent des projets phares pour toute la région et ce que signifie aujourd’hui le développement urbain moderne dans la vallée de la Limmat.

juin 2026

Arun Banovi : Monsieur Bachmann, Schlieren occupe une place très visible dans la vallée de la Limmat. Quelle est la force propre de Dietikon au sein de la région, et quelle position la ville devrait-elle occuper en 2035 dans la vallée de la Limmat et dans l’agglomération de Zurich ?
Roger Bachmann : Dietikon se trouve dans une situation différente de celle de Schlieren, mais n’en est pas moins visible pour autant. Notre atout réside dans le fait que nous sommes à la fois un pôle économique, une ville résidentielle, un centre régional et, surtout, une plaque tournante importante pour les transports interrégionaux. Nous disposons de vastes zones de développement, d’excellentes liaisons de transport et, parallèlement, d’une qualité de vie élevée grâce à la Limmat et au Reppisch, à des espaces de loisirs de proximité et à un tissu urbain bien établi.
C’est ce savant mélange entre habitat, travail, commerces, éducation, culture et loisirs qui fait notre attrait. D’ici 2035, Dietikon continuera à se transformer en une ville moderne et polyvalente et gagnera en attractivité. Cela se concrétise désormais progressivement, notamment dans le centre-ville, où divers projets de construction sont en cours de réalisation, tels que le Florahof, le centre commercial Löwenzentrum et le Kronenareal. Mais la ville ne doit pas se contenter de croître : elle doit créer de la qualité, avec des espaces publics attrayants, de bonnes écoles, une offre de logement diversifiée, une desserte par les transports qui reste attractive et un développement urbain qui forge une identité.

Arun Banovi : Qu’est-ce qui est encore possible aujourd’hui à Dietikon, alors que cela est peut-être déjà devenu plus difficile dans d’autres villes de la vallée de la Limmat ?
Roger Bachmann : D’une part, Dietikon dispose encore d’importantes zones de développement. Ce n’est pratiquement plus le cas dans de nombreuses communes du canton. Nous disposons notamment, avec le Niderfeld mais aussi la Silbern, de zones sur lesquelles nous pouvons activement façonner le développement urbain sans devoir nous contenter d’une simple densification du parc immobilier existant. À cet égard, nous pouvons planifier et façonner son avenir à plus grande échelle.
D’autre part, Dietikon se caractérise par une grande diversité dans de très nombreux domaines. Dietikon dispose d’un large éventail social, culturel et économique. Cette ouverture est un atout, car elle favorise l’innovation et le dynamisme.
Enfin, il convient de mentionner qu’au sein même de l’administration municipale, nous nous efforçons de rendre possibles des initiatives qui ne le seraient peut-être pas ailleurs.

Arun Banovi : Silbern est un pôle d’emploi important, mais ce n’est pas encore un site urbain classique. Que faut-il pour que Silbern gagne en attractivité ?
Roger Bachmann : Silbern est aujourd’hui une zone très importante sur le plan économique, mais elle reste encore fortement marquée par sa fonction. Pour qu’elle devienne un site plus urbain, il faut améliorer la qualité de vie, aménager de meilleurs espaces publics et renforcer la desserte par les transports en commun.
Ce ne sont pas les bâtiments seuls qui rendent un quartier urbain, mais la vie et les activités qui s’y déroulent, à l’intérieur et entre les bâtiments. Cela inclut la restauration, les lieux de rencontre, des liaisons piétonnes et cyclables attrayantes, ainsi que des activités qui fonctionnent également en dehors des horaires de travail classiques.
Parallèlement, il faut une identité claire. Silbern ne doit pas rester une simple zone industrielle, mais devenir un quartier économique moderne où l’innovation, les services, la production et les nouvelles formes de travail trouvent leur place.

Arun Banovi : À Niderfeld, ce n’est pas simplement un nouveau quartier qui voit le jour, mais un grand nouveau secteur urbain. Qu’en attendez-vous pour Dietikon et pour la vallée de la Limmat ?
Roger Bachmann : La zone de Niderfeld est l’un des principaux pôles de développement de tout le canton de Zurich. Elle offre l’opportunité de construire un nouvel espace urbain – avec des logements, des emplois, des écoles, des espaces publics et un parc urbain emblématique.
Pour Dietikon, cela représente une formidable opportunité de croissance qualitative. Nous pouvons y montrer comment fonctionne le développement urbain moderne : durable, diversifié, respectueux du climat et bien desservi par les transports en commun.
Pour la vallée de la Limmat, la zone de Niderfeld revêt également une grande importance, car il ne s’agit pas simplement d’un projet de construction isolé, mais de la création d’un nouveau pôle régional. Le projet rayonne bien au-delà des limites communales.
Il sera essentiel que Niderfeld ne se distingue pas seulement sur le plan architectural, mais qu’il fonctionne également sur le plan social. Un quartier ne connaît le succès que lorsque les gens s’y sentent chez eux.

Arun Banovi : Dietikon dispose, avec Silbern et Niderfeld, de deux zones de développement très différentes. Comment la ville peut-elle garantir que ces deux zones ne soient pas développées de manière isolée, mais qu’elles s’intègrent dans le tableau d’ensemble de Dietikon tout en apportant une valeur ajoutée à la vallée de la Limmat ?
Roger Bachmann : La clé réside dans l’interconnexion. Silbern et Niderfeld ne doivent pas être considérés comme des projets isolés, notamment en matière de mobilité : il faut de bonnes liaisons piétonnes, cyclables et de transports en commun entre les deux zones et vers le centre-ville. Mais il est tout aussi important de définir des exigences communes en matière de qualité architecturale, d’espaces verts et de durabilité.
Les deux zones se complètent à merveille : Niderfeld sera davantage axé sur le logement et la vie de quartier, tandis que Silbern continuera à développer ses atouts en tant que zone d’activité économique. Les deux zones doivent se compléter et façonner ensemble une image moderne de Dietikon.
D’un point de vue régional, il semble important que ces développements ne génèrent pas de concurrence, mais renforcent la vallée de la Limmat dans son ensemble. Pour cela, il faut des échanges réguliers et une coordination étroite avec les communes voisines et le canton, même au-delà des frontières cantonales.

Arun Banovi : Quelles entreprises et quels emplois conviendront à Dietikon à l’avenir, et quelle est l’importance de la coordination avec les communes environnantes ?
Roger Bachmann : Dietikon a besoin d’un mélange diversifié de secteurs d’activité. La logistique est traditionnellement un point fort, tout comme le secteur de l’énergie, qui offrira à l’avenir de nombreuses opportunités pour le site de Dietikon. Mais les entreprises issues des secteurs des technologies propres (CleanTech) ou de la santé présentent également un intérêt certain. Dietikon est par ailleurs synonyme d’innovation et souhaite donc accueillir des entreprises innovantes. L’important est que nous ne cherchions pas seulement à attirer le plus grand nombre possible d’emplois, mais des emplois de qualité offrant des perspectives d’évolution. Dietikon doit être un site où les entreprises peuvent se développer et où les professionnels qualifiés ont plaisir à travailler.
La coordination régionale est ici essentielle. Sur le plan économique, la vallée de la Limmat fonctionne depuis longtemps comme un espace commun. Les entreprises ne raisonnent pas en termes de frontières communales. C’est pourquoi nous devons, nous aussi, adopter une approche plus régionale. Par exemple en matière de transports, d’offres sportives et de loisirs, de zones d’activité ou de profils de site.
Chaque commune ne doit pas nécessairement tout proposer. L’essentiel est que les atouts se complètent.

Arun Banovi : Vous considérez la vallée de la Limmat en tant que maire et président du ZPL. La région a-t-elle déjà aujourd’hui une vision commune ou chaque commune pense-t-elle encore trop en termes isolés ?
Roger Bachmann : La vallée de la Limmat s’est nettement rapprochée ces dernières années. Avec le tramway de la vallée de la Limmat, les planifications communes et les projets régionaux, une nouvelle façon de penser régionale a vu le jour. De plus, l’agence régionale de promotion économique, Limmatstadt AG, contribue également à la mise en réseau et à la coopération.
Mais bien sûr, il existe toujours des intérêts divergents. Chaque commune a sa propre histoire, sa propre structure et ses propres priorités politiques. C’est normal, d’autant plus que la population s’identifie naturellement à des structures à petite échelle, avec lesquelles elle se sent chez elle. Cela n’empêche pas de réfléchir ensemble aux grandes questions : les transports, le développement urbain, l’économie, les espaces verts et l’approvisionnement énergétique ne peuvent plus être gérés de manière rationnelle à l’intérieur des seules limites communales.

Je pense que la prise de conscience de la nécessité d’une vision commune et de la coopération est aujourd’hui bien plus forte qu’il y a dix ou quinze ans. En même temps, la coopération régionale nécessite toujours de la confiance et la volonté de voir au-delà de sa propre commune, sans pour autant qu’il faille immédiatement parler de fusions communales.

Arun Banovi : En matière de transports, on ressent très directement les limites de la croissance. Où se situent aujourd’hui les principaux goulets d’étranglement dans la vallée de la Limmat et quels sont les domaines qui nécessitent une meilleure coordination au niveau régional ?
Roger Bachmann : Les principaux goulets d’étranglement se situent clairement au niveau des infrastructures de transport. Cela concerne aussi bien le trafic routier que les transports publics.
Dans le domaine routier, les axes importants atteignent régulièrement leurs limites de capacité. Parallèlement, la pression sur les quartiers s’accroît en raison du trafic de contournement. En matière de transports publics, les enjeux portent avant tout sur les capacités et la qualité des correspondances, notamment avec les réseaux de niveau supérieur. Les transports ne peuvent pas être planifiés de manière isolée, au niveau communal. La coordination entre le développement urbain et la mobilité est déterminante.
Nous devons renforcer les transports publics et créer des liaisons attractives pour la mobilité douce, sans pour autant opposer les différents modes de transport les uns aux autres, car dans le domaine du transport individuel motorisé notamment, il ne faut pas négliger, par exemple, le trafic professionnel. C’est précisément dans une région dynamique comme la vallée de la Limmat qu’il faut un système de transport global équilibré ; les nouvelles technologies et les nouvelles formes de mobilité offrent ici de nombreuses opportunités qu’il convient de saisir.

Arun Banovi : Qu’attendez-vous davantage à l’avenir des propriétaires privés, des promoteurs et des investisseurs pour que ces grands sites ne donnent pas seulement lieu à des projets, mais deviennent à long terme des pôles urbains et économiques de qualité ?
Roger Bachmann : Nous attendons des investisseurs et des promoteurs qu’ils adoptent une vision à long terme d’un développement urbain durable et de qualité. Il ne suffit plus aujourd’hui de réaliser des bâtiments isolés. Ce qui est déterminant, c’est la contribution d’un projet à l’environnement dans son ensemble.
Cela inclut des espaces publics de grande qualité, des méthodes de construction durables, une bonne utilisation des rez-de-chaussée, la mixité sociale et une perspective à long terme.
C’est précisément sur les grands sites qu’il faut des partenariats entre les pouvoirs publics et les acteurs privés. Un bon développement urbain ne se fait pas les uns contre les autres, mais ensemble.
Au final, les investisseurs en tirent également profit lorsque les quartiers restent attractifs, animés et porteurs d’identité sur le long terme. La qualité n’est donc pas en contradiction avec la rentabilité, mais constitue au contraire une condition préalable à un succès durable.

À propos de la personne

Roger Bachmann est maire de Dietikon depuis 2018. Il est également président de l’association CleanTech Hub Dietikon Limmattal ainsi que du groupe de planification zurichois Limmattal, et siège au conseil d’administration de Limmatstadt AG. Il a d’abord suivi un apprentissage administratif au sein de l’administration municipale de Dietikon, puis a travaillé comme employé administratif au service des impôts de la ville de Dietikon. Au cours des années suivantes, il a acquis une vaste expérience de l’administration publique dans différentes communes, notamment dans les domaines des finances et de la gestion communale. Fort de ses nombreuses années d’expérience administrative, de son réseau régional et de son engagement en faveur d’un développement urbain durable, Roger Bachmann joue un rôle déterminant dans l’évolution de Dietikon depuis son entrée en fonction en tant que maire.

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