Zurich assouplit les règles de protection des monuments historiques

À l'avenir, un bâtiment ne sera considéré comme monument historique que s'il remplit au moins deux des quatre critères stricts. Le 2 juillet 2026, le Conseil d’État zurichois a adopté, à l’intention du Grand Conseil, une révision de la loi sur l’aménagement du territoire et les constructions qui facilite sensiblement les travaux de transformation des bâtiments classés. Pour les propriétaires, cette procédure accélérée est une bonne nouvelle, tandis que la protection du patrimoine risque de perdre son arme la plus redoutable.

juillet 2026

Le projet trouvait son origine dans une motion déposée par Pierre Dalcher, député cantonal de l’UDC, soutenue par le PLR, le Centre et le PEV, qui s’est imposée contre la volonté du Conseil d’État et de la coalition gauche-verts. Cette initiative réclamait une loi sur la protection des monuments historiques tournée vers l’avenir, accordant davantage d’importance à la rénovation énergétique, à une utilisation adaptée à notre époque et à l’accessibilité. Le gouvernement met désormais en œuvre ce mandat politique.

Des critères plus stricts pour l’octroi du statut de protection
Pour qu’un bâtiment soit désormais considéré comme un bien protégé, il doit remplir au moins deux des quatre critères. Il doit présenter une «importance» en tant que témoignage politique, économique, social ou architectural. La distinction qui existait jusqu’à présent entre monuments historiques régionaux et cantonaux est supprimée ; désormais, il n’y a plus que des biens communaux et cantonaux.

La clause décisive
Le véritable levier de la réforme ne réside pas dans la liste des critères, mais dans une clause supplémentaire. Lors de la mise en balance des intérêts, les intérêts publics et privés devront désormais être fortement pris en compte. Concrètement, cela signifie que les oppositions à des transformations sur des biens protégés seront nettement plus difficiles à faire valoir, voire, dans de nombreux cas, de fait vouées à l’échec.

Des contrats plutôt que des décisions administratives
La mise sous protection doit se faire en priorité par le biais de contrats de droit administratif conclus avec les propriétaires, plutôt que par desdécisions administratives unilatérales. De plus, les propriétaires devront désormais être informés lorsque leur bâtiment est inscrit à un inventaire. Les transformations mineures n’ayant qu’un impact négligeable sur les objectifs de protection peuvent en outre être traitées directement dans le cadre de la procédure normale de demande de permis de construire, sans décision distincte relative à la protection.

Les communes restent compétentes, mais participent aux frais
Suite à une forte opposition lors de la consultation, le Conseil d’État renonce à transférer au canton la compétence en matière d’inventaires communaux. Les communes restent compétentes, mais reçoivent des lignes directrices pour une pratique plus uniforme. En contrepartie, elles devront à l’avenir prendre en charge 10 % des coûts d’entretien des biens protégés communaux, ce qui, selon les estimations du canton, représentera un surcoût annuel d’environ 3 millions de francs.

Réactions mitigées sur le terrain
La majorité bourgeoise du Grand Conseil salue clairement ce projet. La représentante du PLR, Sonja Rueff-Frenkel, salue la pondération raisonnable des intérêts, tandis que la politicienne du centre, Marzena Kopp, souligne que seuls les monuments utilisables restent vivants. L’association des propriétaires immobiliers voit dans ces obstacles plus élevés un renforcement des droits des propriétaires, permettant ainsi la création de logements supplémentaires. Martin Killias, président de l’association zurichoise de protection du patrimoine, se félicite certes que la protection des monuments historiques ne soit pas supprimée, mais met en garde contre le fait que les recours contre les projets de transformation deviendraient à l’avenir pratiquement impossibles.

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