Six milliards de francs et le marché s’emballe

Zurich souhaite créer des logements abordables, mais ce faisant, elle fait grimper les prix. Comment est-ce possible ? C'est très simple : lorsque les pouvoirs publics participent aux enchères avec l'argent des contribuables et étouffent la concurrence des coopératives privées. La NZZ a mis en lumière cette contradiction. Elle fait l'objet d'un vif débat.

juin 2026

Entre 2022 et 2025, la ville de Zurich, en collaboration avec ses fondations, a acquis 47 biens immobiliers pour un montant total de 1,3 milliard de francs. Pour 2026, 600 millions de francs sont déjà prévus dans le budget pour l’achat de biens immobiliers. D’ici 2029, plus de 6 milliards de francs devraient être injectés dans le marché immobilier par l’intermédiaire des fondations municipales. L’objectif qui sous-tend cette démarche est légitimé politiquement. En 2011, les Zurichois ont voté en faveur d’un objectif visant à ce qu’un tiers de tous les logements locatifs soient à but non lucratif d’ici 2050. Aujourd’hui, cette proportion s’élève à 27 % et elle a diminué.

La concurrence silencieuse
Quatre fondations municipales sont actives sur le marché : la PWG, la SAW, la SFW et la SEW. Elles reçoivent toutes des fonds à fonds perdu de la ville, c’est-à-dire des contributions qu’elles n’ont pas à rembourser. Cela leur confère un avantage structurel. Elles peuvent ainsi faire des offres plus élevées lors des appels d’offres que ne le permettrait leur propre capacité financière. Les coopératives privées n’en ont pas la possibilité. Comme le rapporte la NZZ, les vendeurs connaissent ce mécanisme. Ceux qui souhaitent obtenir le prix le plus élevé invitent la ville et la PWG à participer à l’appel d’offres.

Même objectif, armes inégales
Cela est particulièrement choquant du point de vue des coopérateurs concernés : tant les fondations municipales que les coopératives privées louent selon le principe du loyer basé sur les coûts. L’objectif d’utilité publique est identique. Seuls les moyens diffèrent. Emanuel Tschannen, conseiller municipal du PLR de la circonscription 7, qualifie cela d’évolution politique malavisée et exige, selon la NZZ, que la ville coordonne quels acteurs se portent candidats pour quels biens immobiliers.

Les accords échouent à cause des contrats
Une coordination semble raisonnable, mais s’avère difficile dans la pratique. Les appels d’offres sont régulièrement assortis d’obligations de confidentialité. La PWG elle-même précise que les accords sont interdits en raison de telles clauses. L’Association régionale des coopératives zurichoises relativise la situation : de nombreux biens immobiliers destinés à la vente par les coopératives ne font jamais l’objet d’un appel d’offres public, et les biens mis en vente par voie publique leur sont généralement tout simplement trop chers.

Volonté politique, conséquences incertaines
Le PS considère que le budget immobilier de la ville représente un objectif à atteindre et souhaite doter la PWG de 500 millions de francs supplémentaires. Il ne voit pas là de problème de concurrence. Cependant, même le président du PS, Oliver Heimgartner, souligne que la ville devrait éviter les situations dans lesquelles des organismes d’utilité publique se font concurrence. Cela ressemble à un aveu et à un chantier qui occupera Zurich pendant encore longtemps.

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