Le pays appartient à tout le monde – sauf aux CFF qui se l’approprient
Les CFF font rouler des trains, gèrent des gares et sont devenus discrètement l'un des groupes immobiliers les plus puissants de Suisse. Ce qui appartenait autrefois à la collectivité rapporte aujourd'hui des milliards. A Lausanne, la résistance est en ébullition. Près de 1000 oppositions contre un seul projet.
Foto: Daniel Reust / Wikimedia Commons / CC BY-SA 4.0
A la fin des années 1990, le Parlement a détaché les CFF de la Confédération. Ils ont ainsi obtenu la liberté d’exploiter leur bien le plus précieux. D’immenses terrains situés aux meilleurs endroits de toute la Suisse. Il n’y avait pas de directives claires sur le nombre de logements à construire et à quel prix. Le Conseil fédéral exigeait simplement que les recettes soient affectées à la caisse de pension et à l’infrastructure ferroviaire. C’est ainsi qu’est né un système qui continue aujourd’hui encore à faire des étincelles.
3,5 milliards pour qui ?
Depuis 2003, 3,5 milliards de francs provenant du portefeuille immobilier des CFF ont été investis dans l’infrastructure ferroviaire. Les CFF y voient une contribution à la société. Carlo Sommaruga, conseiller aux Etats socialiste et président de l’Association suisse des locataires, voit les choses autrement. Selon lui, les CFF ont « presque exploité au maximum la valeur financière de leurs biens immobiliers », au détriment de la composante sociale. Il est particulièrement choquant que certaines parties de ces terrains aient été autrefois expropriées au profit de l’entreprise publique de l’époque.
L’Europaallee comme miroir
L’exemple parfait se trouve au cœur de Zurich. Sur l’Europaallee, un appartement de 4 pièces coûte environ 5000 francs par mois. Pour l’association des locataires, ce projet est devenu le symbole de la spéculation immobilière sur les terrains publics. Les CFF rétorquent qu’ils sont un bailleur équitable et que leurs appartements sont en moyenne en dessous du prix du marché. Mais l’impression d’une densification maximale pour des profits maximaux est tenace.
Lausanne s’envenime
A Lausanne, le conflit s’envenime. Le projet « La Rasude », situé directement à côté de la gare, doit accueillir environ 500 habitants et 1200 emplois. Mais seuls 20 pour cent de la surface habitable sont prévus à des loyers modérés, bien que les CFF promettent officiellement de louer plus de la moitié de leurs logements à des prix avantageux. Le résultat est maintenant près de 1000 oppositions. Les travaux de construction pourraient commencer au plus tôt en 2029.
Le cadre manque
Salomé Mall, responsable du développement chez CFF Immobilier, souligne que les bénéfices servent à l’exploitation ferroviaire et déchargent les pouvoirs publics. L’argument est compréhensible, mais ne va pas assez loin. Tant qu’il n’y aura pas de cadre légal pour les parts de logements et les loyers, l’orientation vers l’intérêt général restera volontaire.