Monsieur Wermelinger, après dix ans passés à la tête de l’Agence de promotion économique de Lucerne, où vous aviez déjà occupé ce poste de 2006 à 2016, vous y faites votre retour. Qu’est-ce qui a le plus changé à Lucerne en tant que pôle économique ?
Au cours des dix dernières années, le canton, les communes et de nombreuses entreprises lucernoises se sont engagés sans relâche pour améliorer les conditions-cadres. Lucerne a gagné en visibilité internationale en tant que pôle économique et peut aujourd’hui proposer une offre globale encore plus attractive. Celle-ci comprend une sécurité en matière d’aménagement du territoire, une qualité de vie élevée, un environnement propice à l’innovation et les impôts ordinaires sur les sociétés les plus bas de Suisse.
Vous apportez une expérience internationale acquise en tant que Chief Investment Promotion Officer chez Switzerland Global Enterprise. Que retenez-vous de cette perspective mondiale pour votre nouvelle fonction ?
Je suis fier, car la Suisse et le canton de Lucerne comptent parmi les sites les plus compétitifs au monde en comparaison internationale. Je suis également fier, car de nombreuses entreprises lucernoises sont leaders mondiaux dans leurs niches et défendent cette position au quotidien grâce à leur esprit pionnier et à leur force d’innovation. Et fière, car par le passé, les responsables politiques ont sans cesse fait évoluer les facteurs clés d’implantation de manière à ce que l’esprit d’entreprise soit valorisé et puisse s’épanouir. Cela inclut des réglementations innovantes, la prévisibilité et la sécurité.
Dans le même temps, je ressens une certaine inquiétude. Les évolutions technologiques sont fulgurantes, la situation géopolitique reste complexe. Ces deux facteurs ouvrent des perspectives, mais engendrent également de nouveaux risques. D’autres pays et régions métropolitaines s’adaptent très rapidement à l’évolution des besoins des clients. Nous devons donc nous mesurer aux meilleurs au monde. C’est la seule façon de conserver notre position actuelle et de continuer à l’améliorer.
Quelles priorités vous êtes-vous fixées pour vos cent premiers jours en tant que nouveau directeur ?
Au cours de ces cent premiers jours, trois axes seront prioritaires : développer le réseau, être à l’écoute et, dans un premier temps, poursuivre ce qui a fait nos succès.
La Promotion économique de Lucerne est un véritable modèle de partenariat public-privé. Le canton, 79 communes et environ 190 partenaires issus principalement du monde économique lucernois s’engagent ensemble en faveur de ce pôle économique et d’innovation. Au cours de cette phase de démarrage, je souhaite donc apprendre à connaître précisément mon équipe, les partenaires clés ainsi que les entreprises lucernoises et leurs besoins. Il s’agira ensuite de définir ensemble l’ambition pour 2035 et la voie à suivre pour y parvenir.
Lors de l’assemblée générale de 2026, la décision de l’ETH concernant le GeoLab, le nouveau siège social de MSD et l’implantation d’Axiom Space ont été salués comme des succès. Qu’est-ce qui relie stratégiquement ces trois projets ?
Ces trois projets revêtent tous une grande importance stratégique pour Lucerne en tant que pôle économique et d’innovation. Ils sont le fruit d’un solide travail d’équipe impliquant de nombreux acteurs. Ils contribuent à positionner Lucerne sur la scène internationale comme un pôle innovant pour les industries d’avenir.
MSD renforce Lucerne en tant que pôle de recherche grâce à de nombreux projets menés en Suisse et à Schachen. L’ETH Swiss GeoLab attire dans la région des ingénieurs en informatique ainsi que des chercheurs spécialisés dans l’observation de la Terre. Axiom Space, quant à elle, incarne l’industrie spatiale, un marché d’avenir en forte croissance à l’échelle mondiale. Ensemble, ces projets démontrent que Lucerne est attractive dans des secteurs à forte intensité de connaissances et intégrés dans des réseaux internationaux.
L’Agence de promotion économique de Lucerne démontre, grâce à des implantations internationales et à des réussites locales telles que Komeo, que ces deux niveaux contribuent à l’attractivité du site.
Comment les entreprises internationales et locales peuvent-elles bénéficier de manière équivalente des offres de l’Agence de promotion économique de Lucerne ?
Nous accompagnons les entreprises dans leur développement, quelles que soient leur taille, leur origine ou leur stade de développement. Nous considérons l’économie comme un écosystème solide. Au sein de celui-ci, chaque entreprise joue un rôle, indépendamment de son secteur d’activité et de sa taille. Les implantations internationales, les entreprises établies, les start-ups et les petites entreprises tirent mutuellement profit les unes des autres. Il est essentiel que les entreprises connaissent l’Agence de promotion économique de Lucerne, comprennent nos services et puissent nous contacter facilement. Notre ambition est d’être un partenaire fiable et facilement accessible pour toutes les entreprises.
Quel rôle les nombreuses petites et moyennes entreprises joueront-elles à l’avenir dans votre stratégie d’implantation ?
L’économie lucernoise compte environ 34 000 entreprises. Plus de 99 % d’entre elles sont des petites et moyennes entreprises. Elles constituent l’épine dorsale et le caractère de la place économique de Lucerne. Elles sont également une raison importante pour laquelle les entreprises étrangères s’implantent dans le canton.
Les PME joueront donc également un rôle central dans la future stratégie d’implantation. Elles sont confrontées à la concurrence et doivent pouvoir se développer au rythme qu’elles souhaitent grâce à des conditions-cadres attractives. La promotion économique doit prendre leurs besoins tout aussi au sérieux que ceux des entreprises internationales.
Le PS du canton de Lucerne critique depuis 2024 la stratégie de faible imposition mise en œuvre pour attirer les multinationales. Comment gérez-vous cette opposition politique ?
J’apprécie le débat politique et le considère comme important. Le canton de Lucerne est confronté à une concurrence nationale et internationale en matière d’implantation. Pour certaines fonctions d’entreprise, un faible taux d’imposition des bénéfices est un facteur essentiel.
Je souhaite qu’à l’avenir, nous discutions plus largement des enjeux et des effets d’une stratégie d’implantation. Celle-ci ne concerne pas seulement la fiscalité, mais aussi la main-d’œuvre qualifiée, la formation, la recherche, la mobilité, les surfaces disponibles et la qualité de vie. Le site de Lucerne doit convaincre dans son ensemble.
Une politique d’implantation agressive aggrave-t-elle la pénurie de logements dans l’agglomération, comme l’affirment les détracteurs ?
Non. Notre politique d’implantation n’est pas agressive et elle ne réduit pas directement l’offre de logements. L’agence de promotion économique de Lucerne accompagne chaque année entre 15 et 25 projets d’implantation. Ceux-ci génèrent en moyenne environ 200 nouveaux emplois par an. La plupart de ces postes sont pourvus par des personnes qui vivent déjà en Suisse. De plus, nous nous concentrons sur des activités à forte valeur ajoutée qui correspondent à Lucerne sur le plan thématique ou fonctionnel. Notre objectif est de mener une politique d’implantation qui renforce le site à long terme.
Quels nouveaux espaces ou sites considérez-vous comme les prochains pôles de croissance pour les entreprises dans le canton ?
L’accent est mis sur le développement des pôles de développement cantonaux. Je vois un potentiel particulièrement important à Lucerne Sud, Lucerne Nord, Lucerne Est, dans le pôle de développement de la gare de Rothenburg ainsi que dans la région de Sursee. Ces zones offrent des opportunités aux entreprises si les surfaces, la mobilité et les usages sont bien coordonnés.
La ville de Lucerne reste également un site d’implantation très prisé. Elle allie qualité de vie urbaine, visibilité internationale et un environnement dynamique composé d’entreprises, d’établissements d’enseignement supérieur et de prestataires de services.
Où voyez-vous la place économique de Lucerne dans dix ans, si votre stratégie porte ses fruits ?
Le canton de Lucerne a le potentiel de figurer parmi les principaux pôles économiques et d’innovation mondiaux d’ici 2035. Pour cela, nous devons continuer à développer de manière ciblée les atouts du canton tout en restant ouverts au changement.
Il est essentiel que Lucerne conserve son caractère unique. Le dynamisme économique, la qualité de vie, le paysage, la cohésion sociale et la liberté d’entreprise doivent continuer à aller de pair à l’avenir. Ce n’est qu’ainsi que naîtra un pôle qui non seulement connaîtra le succès, mais restera également attractif à long terme.
Lucerne doit se mesurer aux meilleurs au monde
Patrik Wermelinger a pris la direction de l'Agence de développement économique de Lucerne. Il prend ses fonctions à un moment où la ville doit s'imposer face à la concurrence mondiale tout en conservant son identité propre. Le nouveau directeur explique pourquoi Lucerne mise sur des entreprises innovantes, des conditions-cadres solides et la synergie entre développement économique, aménagement du territoire et qualité de vie élevée.
