Lausanne prévoit de débloquer 200 millions pour des acquisitions
Lausanne s'apprête à disposer d'un budget immobilier nettement plus important. La commission des finances du conseil municipal souhaite faire passer le crédit d'acquisition pour la période 2026-2031 de 130 à 200 millions de francs. Cette mesure s'inscrit dans le cadre d'une politique foncière et de logement plus stricte, fondée sur le droit de préemption.
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Cette initiative intervient dans un contexte de tension sur le marché du logement. Dans le canton de Vaud, le taux de logements vacants s’élèvera à 0,94 % en 2026, ce qui permettra à Lausanne de continuer à recourir au droit de préemption communal pour acquérir des terrains et des immeubles locatifs destinés à la construction de logements d’utilité publique.
La principale nouveauté réside dans l’ampleur de l’opération. Le gouvernement municipal avait de nouveau demandé 130 millions de francs pour la législature 2026-2031. La commission des finances du Conseil municipal exige désormais 70 millions de plus et souhaite ainsi porter le crédit à 200 millions de francs. C’est au Conseil municipal qu’il revient de se prononcer sur cette demande.
Le droit de préemption comme levier
Lausanne mène depuis des années une politique d’acquisition active. Celle-ci s’appuie sur la LPPPL vaudoise, en vigueur depuis le 1er janvier 2020, qui accorde aux communes confrontées à une pénurie de logements un droit de préemption en faveur des logements d’utilité publique. Selon les informations fournies par la ville, ce droit a déjà été exercé à onze reprises entre février 2020 et fin février 2023. Dans son rapport d’activité 2023, la ville fait également état de quatre acquisitions supplémentaires réalisées grâce au droit de préemption. Ce mécanisme a donc continué d’être utilisé jusqu’à récemment.
Pour la législature en cours (2021-2026), le Conseil municipal avait initialement approuvé en décembre 2021 une enveloppe de 80 millions de francs, puis avait relevé ce plafond de 50 millions supplémentaires en mars 2023, pour le porter à 130 millions. Le montant actuellement à l’étude constituerait ainsi la plus importante enveloppe jamais allouée aux acquisitions immobilières communales à Lausanne.
Une politique ayant un impact direct sur l’immobilier
Pour le marché immobilier, le mécanisme est concret. La ville achète des biens immobiliers au prix annoncé, les retire du marché libre et peut ensuite les affecter à long terme à des logements à loyer modéré, soit en droit de superficie, soit par l’intermédiaire d’organismes d’utilité publique. Selon une réponse de la ville datant de 2023, 195 logements issus des opérations de préemption de l’époque devaient être reconnus d’utilité publique.
Sur le plan juridique, ce levier est également bien établi. En 2023, le canton de Vaud a précisé les règles relatives au droit de préemption, et le Tribunal constitutionnel a confirmé en décembre 2024 que les communes pouvaient financer de telles opérations de préemption sans être tenues de disposer obligatoirement de fonds propres librement disponibles. Cela renforce encore la marge de manœuvre des grandes villes.
Polémique sur l’efficacité et la portée
Sur le plan politique, le modèle reste controversé. À Lausanne, les forces de gauche réclament depuis longtemps une politique foncière plus offensive, tandis que les voix bourgeoises doutent que des crédits d’acquisition plus élevés aient un impact notable sur la pénurie de logements ou sur les loyers. C’est précisément sur ce point que le vote au conseil municipal s’annonce explosif. Il ne s’agit pas seulement de 70 millions supplémentaires, mais de la question de savoir jusqu’où une ville, en tant qu’acquéreuse, doit intervenir sur le marché du logement.