La boîte aux lettres fait le tour du quartier
Parfois, quelques mots supplémentaires dans un texte de loi suffisent à bouleverser les habitudes. C'est exactement ce qui se passe actuellement à La Poste, où une petite révision de la loi sur la poste pourrait avoir un impact considérable. La boîte aux lettres individuelle devant la porte d'entrée fait soudain l'objet d'un débat. Ce qui semble n'être qu'un détail s'inscrit en réalité dans le cadre d'une refonte plus large du service universel suisse.
Le conseiller fédéral Albert Rösti et ses collègues ont élargi le champ d’application de l’article 10 dans le cadre de la révision de la loi sur la Poste. Désormais, le Conseil fédéral sera habilité à édicter des prescriptions non seulement concernant des boîtes aux lettres individuelles, mais aussi des ensembles de boîtes aux lettres situés à l’entrée des immeubles, au niveau des voies d’accès ou dans des emplacements centraux d’un lotissement. Il serait ainsi théoriquement possible de disposer d’un seul ensemble de boîtes aux lettres pour tout un quartier, comme le confirme Silvia Canova, porte-parole de l’OFCOM.
Sécurité et environnement comme arguments de vente
La Confédération justifie cette mesure par des avantages concrets. Les colis commandés seraient plus en sécurité s’ils sont déposés à un point central tant que personne n’est à la maison, et la distribution groupée réduirait le trafic et le bruit dans les quartiers. Selon Mme Canova, l’impulsion pour cette adaptation est venue à l’origine des villes elles-mêmes.
S’inscrit dans une refonte plus large de la Poste
La question des boîtes aux lettres n’est qu’un élément d’une réforme plus globale. Le 24 juin 2026, le Conseil fédéral a ouvert la consultation sur la révision partielle de la loi sur la Poste, qui se poursuivra jusqu’au 15 octobre 2026. L’objectif est de mettre en place un mécanisme permettant d’adapter de manière flexible le service universel à la baisse continue du volume du courrier et d’ancrer légalement le système de distribution hybride.
La Poste dispose d’une plus grande marge de manœuvre face à la baisse de la demande
La tendance se dessine depuis un certain temps déjà. Dès août 2025, M. Rösti avait annoncé que la Poste devrait, à partir de 2030, adapter son offreà la baissede lademande; dans le pire des cas, la distribution pourrait passer de cinq à trois jours par semaine.Pour certaines habitations isolées ne faisant partie d’aucun lotissement, l’obligation de distribution ne s’applique déjà plus aujourd’hui ; environ 60 000 foyers sont concernés.
Le courrier numérique, nouveau pilier
Parallèlement aux adaptations physiques, la Confédération développe la distribution numérique. En décembre 2025, le Conseil fédéral a approuvé une révision partielle de l’ordonnance sur la Poste, qui intègre désormais la lettre numérique dans le service universel ; depuis avril 2026, un taux de distribution réduit à 90 % s’applique en outre aux lettres et aux colis. Selon le projet, les personnes qui ne souhaitent pas recevoir d’envois numériques continueront à recevoir leur courrier sous forme imprimée et par voie analogique.
La Poste reste prudente, la consultation aura le dernier mot
Malgré ces projets d’envergure, la Poste reste sur ses positions et renvoie au législateur, qui devra définir les modalités concrètes des points de retrait. Ce n’est qu’à l’issue de la période de consultation, le 15 octobre, que l’on saura si l’assouplissement concernant les boîtes aux lettres sera effectivement adopté. Selon l’OFCOM, la seule certitude est que La Poste reste tenue d’assurer la distribution à domicile ; la véritable question est simplement de savoir à quelle distance de son domicile ce point de distribution sera situé à l’avenir.