Le business le plus sale du marché immobilier suisse

Un étranger se présente à la porte. Il veut la maison, tout de suite, à un prix qui défie toute comparaison avec le marché. Le lendemain, il revient, cette fois avec une valise. Ce qui ressemble à un mauvais roman policier se produit actuellement des dizaines de fois sur le marché immobilier suisse. Derrière tout cela se cache un système qui transforme l'argent sale en béton et qui, au passage, fait grimper les prix pour tout le monde.

mars 2026

Sur le Plateau suisse, un propriétaire a d’abord refusé. L’offre était bien supérieure au prix du marché et l’acheteur lui semblait suspect. Un jour plus tard, le même homme s’est présenté à sa porte avec de l’argent liquide, une somme moyenne à six chiffres en guise d' »acompte ». Le propriétaire a craqué. La piste de ce deal mène directement au milieu d’une agence de voyage lucernoise présumée spécialisée dans le blanchiment d’argent et à des personnes ayant des liens étroits avec un patron albanais de la cocaïne, qui est en détention préventive en Albanie depuis l’automne 2024.

Le schéma est toujours le même
CH Media a récemment documenté des transactions immobilières douteuses dans plusieurs cantons. Le schéma se répète. Les propriétaires sont directement contactés, les offres d’achat sont massivement surévaluées, la pression du temps est énorme. Ceux qui acceptent constatent souvent que le nouveau propriétaire laisse immédiatement l’immeuble vide ou le met en vente à un prix bien plus élevé. Après une telle transaction, un appartement en Suisse centrale est resté vide pendant plus d’un an, au nom d’une société immobilière anonyme, le propriétaire étant apparemment en mesure de laisser en friche un investissement de plus d’un million de francs.

Travail au noir comme deuxième canal d’argent
L’argent de la drogue n’est pas le seul à circuler dans les immeubles. L’argent noir du secteur de la construction y atterrit également. Le schéma est astucieux. Un entrepreneur criminel reçoit un million de francs par le biais de la banque pour une nouvelle construction. Grâce au travail au noir, le projet ne lui coûte que 700’000 francs. Il « cache » les 300’000 francs restants avec de fausses factures d’entreprises fictives qui établissent des justificatifs fictifs contre une commission d’environ cinq pour cent. Ces entreprises ne tiennent pas de comptabilité et sont généralement déjà en faillite lorsque les autorités les interrogent. Il en résulte un bénéfice de 300 000 francs sur le dos de la collectivité et des ouvriers du bâtiment.

Le marché se tait, le prix monte
On estime que plus d’un tiers des cas de blanchiment d’argent dans le monde sont liés à des transactions immobilières. La Suisse est considérée comme particulièrement attractive au niveau international parce que le marché est stable et que la réglementation a longtemps été lacunaire. L’avocat Fabian Teichmann, expert en blanchiment d’argent, résume la situation en ces termes : « Celui qui est intelligent préfère acheter quatre biens immobiliers à cinq millions plutôt qu’un seul à 20 millions. C’est moins visible » L’effet secondaire direct est la surenchère des achats, qui fait monter les prix pour tout le monde.

La loi suit, lentement
Les Chambres fédérales ont adopté le 26 septembre 2025 une révision de la loi sur le blanchiment d’argent. Désormais, les agents immobiliers seront également soumis à des obligations de diligence et devront s’affilier à un organisme d’autorégulation reconnu. Le hic de cette loi, c’est que les transactions inférieures à cinq millions de francs restent en principe en dehors de cette obligation. L’entrée en vigueur est prévue pour le deuxième semestre 2026. Ceux qui achètent aujourd’hui quatre objets de quatre millions chacun restent pour l’instant sous le radar.

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