Peur de la bulle, flux de trésorerie stables
Pour de nombreux observateurs, le marché immobilier suisse semble en surchauffe, mais dans la salle des machines des marchés des capitaux, l'image est plus nuancée. L'écart de rendement entre l'immobilier de base et les placements sans risque reste confortable. Les investisseurs institutionnels continuent de pousser des capitaux vers des emplacements de premier ordre. Cela indique plutôt un marché en plateau qu'une bulle prête à éclater.
L’écart de rendement, c’est-à-dire la différence entre les rendements immobiliers et les placements pratiquement sans risque, est au cœur du débat. Tant que les rendements nets initiaux sont clairement supérieurs aux obligations d’État, le profil risque-rendement de l’immobilier reste attractif. C’est précisément ce à quoi le CEO de SPS, Marcel Kucher, fait référence lorsqu’il parle de « marge de progression ». Pour les caisses de pension et les assureurs, cette marge compte davantage que les gros titres sur les prétendues surévaluations.
Les capitaux cherchent du béton
La stabilité de la Suisse, des taux d’intérêt proches de zéro et une situation d’urgence globale en matière de placements agissent comme des afflux permanents dans les bilans des sociétés immobilières cotées. Les investisseurs institutionnels recherchent des cash-flows prévisibles et misent sur des baux à long terme dans des emplacements core plutôt que sur des histoires d’actions cycliques. Cela se manifeste clairement dans le segment Prime avec des objets Landmark à des adresses de premier plan. La demande reste robuste, les portefeuilles sont pratiquement entièrement loués, le taux d’inoccupation frôle le niveau record le plus bas.
La stabilité plutôt que l’engouement spéculatif
Ce qui, de loin, ressemble à une bulle, se révèle être une croissance contrôlée. Le rendement futur des grands acteurs repose en premier lieu sur les distributions et une évolution de la valeur qui doit au moins compenser l’inflation. Il s’agit d’une augmentation continue des loyers, de gains d’efficacité et d’une gestion active des actifs, et non de gains rapides de valorisation. C’est précisément cette configuration qui rend les véhicules cotés intéressants pour les investisseurs à long terme.
Les risques liés aux logements en propriété ne sont pas un baromètre boursier
Parallèlement, les signaux d’alerte sur le marché des logements en propriété se multiplient. L’endettement croissant des ménages, le niveau élevé des prix et les indices de surchauffe régionaux attisent les craintes de bulle. Ce marché partiel suit toutefois d’autres logiques que les portefeuilles des sociétés cotées en bourse. Seule une très petite partie des logements suisses appartient à des véhicules cotés, leur influence sur la formation des prix à grande échelle dans la propriété du logement est limitée. Si l’on mélange les deux mondes, on passe à côté de la carte des risques.
L’asset management comme levier de croissance
Pour SPS et Cie, la croissance provient de plus en plus de l’asset management pour des tiers. Les mandats à faible capital élargissent la base de revenus sans peser excessivement sur le bilan. Les frais récurrents complètent les revenus locatifs et lissent les cycles. C’est précisément cette combinaison de cash-flows stables provenant d’immeubles existants et de services évolutifs qui rend le modèle commercial résilient. Le marché des capitaux l’honore par des cours en hausse et des primes de risque faibles.
Lex Koller, une pierre d’achoppement
C’est dans ce tableau que s’inscrit le débat sur le renforcement de la Lex Koller. Si l’exception pour les sociétés immobilières cotées en bourse venait à disparaître, le financement de grands projets commerciaux deviendrait beaucoup plus compliqué. De tels projets nécessitent des structures qui rassemblent un large capital. Un renforcement de la Lex Koller pour les sociétés immobilières cotées en bourse n’affecterait que peu le marché du logement dans son ensemble, car ces sociétés ne possèdent qu’une petite partie de tous les logements en Suisse. Sur le plan politique, l’appel à un durcissement des règles est rapide, sa mise en œuvre est complexe et s’accompagne d’effets secondaires.