Berne freine, Lucerne construit autrement
Lucerne s'est prononcée, et ce sans ambiguïté. Le 14 juin 2026, la population de la ville a voté massivement en faveur des deux projets de logement. Le droit de préemption et une politique foncière plus active devraient permettre d’augmenter plus rapidement la part des logements d’utilité publique. Mais les responsables politiques savent que cela ne suffit pas. C’est désormais un concept inhabituel venu d’Allemagne qui retient l’attention : le type de bâtiment E.
Le droit de préemption permet à la ville d’intervenir lors de la vente de biens immobiliers dès lors que le taux de logements vacants est inférieur ou égal à 1,5 %, ce qui est le cas à Lucerne sans interruption depuis l’année 2000. Les terrains acquis doivent être mis à la disposition de promoteurs immobiliers d’utilité publique sous forme de droit de superficie ou par vente. Parallèlement, la ville entend créer 1 100 logements supplémentaires à prix modéré d’ici 2048, grâce à une nouvelle fondation dotée d’un capital de 70 millions de francs, à des achats immobiliers et à des prêts accordés à des coopératives.
Le type de bâtiment E comme changement culturel
Développé en Allemagne, il est désormais à l’étude à Lucerne. Le type de bâtiment E permet une construction moins coûteuse et moins bureaucratique, sans compromettre les normes fondamentales de sécurité et d’hygiène. Concrètement, cela signifie par exemple des exigences réduites en matière d’isolation acoustique au profit de coûts de construction plus bas. Le conseil municipal se montre ouvert à un projet pilote. On pourrait envisager un lotissement nécessitant une rénovation, où l’on pourrait tester à la fois des variantes de rénovation et des éléments de construction neufs. Il convient d’évaluer activement l’intérêt du regroupement des coopératives d’habitation lucernoises G-Net.
C’est une question d’attitude, pas de normes
Luzi Andreas Meyer, auteur de la motion, résume la situation en ces termes : « Il s’agit d’un changement de culture. Une construction simple, une gestion flexible des procédures et la soumission des documents en fonction des phases doivent faire partie de l’ADN de notre administration. » Toutes les exigences ne sont pas mauvaises, mais la somme de toutes ces règles bien intentionnées pourrait nuire à la capacité d’agir. Le projet pilote doit montrer quelles dérogations au droit actuel sont possibles, quelles adaptations légales seraient nécessaires et si cela permettrait une réalisation plus rapide et une réduction des coûts de construction.
Zoug va encore plus loin
Ceux qui recherchent des approches encore plus radicales se tournent vers Zoug. Plusieurs communes y ont mis en place des « zones blanches ». Pratiquement toutes les réglementations en matière de construction, les plans de zone, les indices d’utilisation du sol et les distances minimales sont suspendus jusqu’à ce que le nombre souhaité de logements soit réalisé. Ensuite, les règles d’origine reprennent effet. Les détracteurs parlent du « Far West », tandis que les partisans y voient le seul remède à la pénurie aiguë de logements. Ces deux modèles, le type de bâtiment E et les zones blanches, montrent que la Suisse cherche des réponses pragmatiques à un problème structurel qui ne peut être résolu uniquement avec les instruments classiques.