Le canton se rachète

Le canton de Lucerne achète un bien immobilier à sa propre organisation externalisée et paie près de cinq millions de francs de plus que nécessaire. Une procédure d'appel d'offres a fait grimper le prix, même si au final, un seul acheteur entrait de toute façon sérieusement en ligne de compte. Le débat qui en a résulté pourrait modifier durablement les règles du jeu pour les futures transactions immobilières entre le canton et les entreprises proches de l'Etat.

mai 2026

Le tribunal cantonal de Lucerne est aujourd’hui réparti sur plusieurs sites, ce qui génère des procédures lourdes et des structures inefficaces. Après des années de recherche, le choix s’est porté en 2024 sur la Würzenbachstrasse 8 en ville de Lucerne, un immeuble appartenant à la caisse de compensation du centre d’assurances sociales WAS. En été 2026, le WAS déménagera dans un nouveau bâtiment à Kriens et n’aura ensuite plus besoin de ce site lui-même.

La procédure d’adjudication comme facteur de coûts
Des estimations externes ont évalué la valeur vénale à près de 14 millions de francs. Le WAS a estimé qu’il était de son devoir envers ses assurés d’obtenir le meilleur prix possible et a lancé une procédure d’appel d’offres à l’automne 2025. Le canton s’est mis d’accord sur un prix d’achat de 18,4 millions de francs, plus des frais annexes de 100 000 francs maximum, soit 18,5 millions de francs au total. En grinçant des dents, le Grand Conseil a approuvé le projet, à l’unanimité par 115 voix contre 0, car il n’existait pas de meilleure alternative.

Délicat du point de vue de la politique nationale
Le gouvernement lucernois a confirmé que la procédure s’était déroulée correctement. Mais la question décisive est restée sans réponse. Pourquoi une organisation externalisée avec un mandat étatique peut-elle maximiser le prix aux frais de l’État et des contribuables ? La conseillère cantonale PS Sarah Bühler-Häfliger de Schötz le formule de manière tranchante. Si l’on renonce au pilotage politique, le canton finira par ne plus être sur un pied d’égalité avec ses propres institutions.

Un postulat largement soutenu
Pendant les débats au parlement cantonal, Bühler-Häfliger a annoncé le dépôt d’une intervention. Le postulat est maintenant disponible, signé par des parlementaires de tous les partis. Les futurs prix de vente doivent se baser sur deux estimations indépendantes de la valeur vénale. Les procédures d’appel d’offres comme dans le cas de la WAS ne doivent plus être possibles. Selon l’orientation donnée, le canton doit être mieux équipé pour faire face à de tels cas.

Vote et transformation
Le 14 juin 2026, les électeurs lucernois se prononceront sur l’achat du terrain. Les six partis représentés au Grand Conseil et le Conseil d’État recommandent le oui. Si la population donne son accord, les travaux de projet pour la surélévation, la rénovation de la façade et l’installation de salles d’audience au rez-de-chaussée commenceront ; une première estimation des coûts s’élève à environ 26,7 millions de francs. Le projet de construction devrait être prêt d’ici 2030, date à laquelle le canton louera les surfaces de bureaux.

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