Accélérer le rythme ne suffira pas à résoudre la pénurie de logements
En Suisse, il manque chaque année des milliers de logements, bien que Berne étudie des procédures plus rapides. Le problème est plus profond. Ce n’est pas seulement la lenteur des procédures qui freine la construction de logements, mais un réseau de plus en plus dense de réglementations, que ce sont surtout les cantons et les communes qui devraient démêler.
Le 2 avril 2026, le Conseil fédéral a présenté son rapport sur l’accélération des procédures en matière d’aménagement du territoire et de droit de la construction. Ce rapport met avant tout une chose en évidence : Berne ne peut intervenir que de manière limitée, car l’aménagement du territoire et le droit de la construction relèvent en grande partie de la compétence des cantons. Ceux qui en déduisent une fin rapide de la pénurie de logements voient trop court. La construction de logements est en recul depuis des années. Selon l’Office fédéral du logement, quelque 53 000 nouveaux logements ont encore été construits en 2018. D’ici 2023, ce chiffre est tombé à environ 46 700, puis a chuté en 2024 à un peu moins de 40 000 logements. Pour 2025, on ne prévoit qu’une légère reprise, qui, face à une demande toujours élevée, ne suffira pas à garantir l’offre de logements. La Confédération se heurte aux limites constitutionnelles Le rapport de Berne aborde certes des leviers tels qu’un resserrement des conditions de recours ou une pondération accrue accordée à la construction de logements. Mais il précise également que de nombreuses propositions empiéteraient directement sur la souveraineté cantonale en matière de procédure ou sur les droits fondamentaux. C’est précisément là que se situe la limite. La Confédération peut fixer des principes, mais ce sont avant tout les cantons et les communes qui en assurent la mise en œuvre. Cela explique aussi pourquoi les grands projets restent au point mort, même lorsque l’on ne parle finalement plus que d’accélération. À Zurich, après des années de discussions sur la protection des monuments historiques et le plan d’aménagement, le projet des « Seebahn-Höfe » a en outre été soumis au vote populaire. La brochure de vote de la ville évalue le projet à environ 350 logements pour quelque 1 000 personnes, contre 269 logements pour environ 500 habitants jusqu’à présent. Le référendum contre le plan d’aménagement avait abouti en juillet 2025, et le vote a eu lieu le 30 novembre 2025. Zoug teste un levier plus risqué Le débat devient intéressant lorsque ce ne sont pas seulement les procédures, mais les normes elles-mêmes qui sont remises en question. Dans le canton de Zoug, le modèle des « zones blanches » est à l’ordre du jour sur le plan politique. Le 23 septembre 2025, le Conseil d’État s’est prononcé en faveur de la poursuite de l’élaboration de cet instrument et, le cas échéant, de son intégration ultérieure dans la loi sur l’aménagement du territoire et les constructions. Le budget 2026 du canton stipule en outre que les possibilités offertes par de nouveaux instruments tels que la «zone blanche» doivent être approfondies et examinées en vue d’une procédure législative. Pour la pratique immobilière, il s’agit là d’un levier plus difficile à mettre en œuvre, mais plus décisif. Lorsque les distances, les hauteurs ou d’autres exigences matérielles sont réduites, cela diminue la charge de travail liée à la planification, les clarifications nécessaires et les frictions entre les différents services spécialisés. Or, c’est précisément cet ensemble dense de normes qui n’a cessé de s’étendre ces dernières années, tandis que la construction de nouveaux logements a reculé. Des formulaires plus rapides et des délais plus courts n’apportent alors qu’une aide marginale. Reste à voir si cela se traduira rapidement par davantage de logements. Or, c’est précisément une véritable simplification réglementaire qui soulève de nouvelles questions de responsabilité et de délimitation des compétences et qui exige un travail législatif au niveau cantonal plutôt qu’un simple ajustement administratif. Pour les maîtres d’ouvrage, les promoteurs et les communes, la voie à suivre est néanmoins claire. Ce n’est que lorsque le nombre de prescriptions à respecter diminuera – et non pas simplement lorsque les mêmes prescriptions seront respectées plus rapidement – que l’on verra à nouveau se construire un nombre important de logements.