Le site de Beaulieu a été délibérément conçu pour le secteur du bâtiment. La ville a inauguré la « Ressourcerie » le 28 octobre 2024, en collaboration avec Beaulieu SA et Matériuum Lausanne, afin d’en faire une base logistique pour les éléments de construction réutilisables. Située derrière les Halles Nord, cette installation dispose, selon la ville, d’une superficie d’environ 800 mètres carrés et avait pour objectif explicite de rendre accessibles aux professionnels des éléments de construction de grande taille.
Les particuliers dominent les ventes
Dans la pratique, le modèle fonctionne jusqu’à présent différemment. Selon le bilan dressé par la conseillère municipale Natacha Litzistorf, la plateforme a certes clôturé l’année 2025 avec un excédent et réalisé 71 ventes pour un total de 20,5 tonnes de matériaux valorisés. Du côté des acheteurs, environ 70 % proviennent toutefois du secteur privé. Les architectes représentent 15 %, les entreprises 5 %, auxquels s’ajoutent les acteurs culturels et les institutions publiques à hauteur de 5 % chacun.
Pour le secteur de l’immobilier et de la construction, c’est plus qu’une simple anecdote. Dès le départ, la Ressourcerie a été conçue comme un outil visant à orienter davantage la démolition, la rénovation et les projets de construction publics vers la réutilisation. Mais lorsque ce sont surtout des acheteurs particuliers qui demandent des quantités faibles et très spécifiques, il manque précisément cette demande prévisible qui serait déterminante pour des applications récurrentes dans les projets de construction.
Trop peu de lots prévisibles
Lausanne cite comme principal problème la difficulté à se procurer des lots de qualité appropriée. Ce qu’il faudrait, ce sont des lots dont la quantité et la qualité correspondent aux besoins récurrents du marché de la construction. En effet, la plateforme dépend des matériaux que ses partenaires proposent. Il en résulte davantage un commerce opportuniste de pièces uniques qu’un flux de matériaux structuré et prévisible issu des projets de construction, de rénovation et de démolition.
À cela s’ajoute la pression sur les coûts. Le démontage soigneux, le transport, le stockage, l’emballage et, dans certains cas, la remise en état empêchent d’atteindre des prix très bas. Pour les utilisateurs professionnels, ce n’est donc pas seulement l’avantage écologique qui compte, mais aussi la question de savoir si les appels d’offres, les maîtres d’ouvrage et les concepteurs spécialisés intègrent la réutilisation suffisamment tôt dans leurs plans et assument sur le plan organisationnel le surcroît de travail que cela implique. C’est précisément dans cette optique que la ville avait déjà formé ses architectes dès l’inauguration en 2024 et annoncé des directives internes en matière de construction durable.
Les premiers projets démontrent l’impact
Lausanne démontre déjà concrètement, à travers certains projets, que la réutilisation fonctionne dans le secteur du bâtiment. Lors de la rénovation de la Ferme de Rovéréaz, d’anciennes fenêtres provenant du Beau-Rivage Palace ont notamment été réutilisées. De tels exemples illustrent le potentiel de cette approche. Cependant, ils ne suffisent pas à résoudre le goulot d’étranglement de la bourse des matériaux de construction tant que la quantité, la qualité et la demande prévisible ne se rejoignent pas sur le marché professionnel.
