Le marché immobilier en pleine tension
En 2026, le marché immobilier suisse reste tiraillé entre le tournant des taux d'intérêt, l'incertitude politique et la baisse de l'activité de construction. Alors que l'immobilier résidentiel continue de prendre de la valeur, le marché commercial est sous pression. Le dernier rapport de marché SIV montre dans quelle direction le marché se dirige.
Avec la baisse des taux d’intérêt de la Banque nationale suisse à 0 % à l’été 2025, les conditions de financement reviennent à des niveaux historiquement bas. Les acheteurs en profitent, tout comme les investisseurs institutionnels qui transfèrent des capitaux vers des immeubles de rapport. De ce fait, les prix augmentent à nouveau, surtout pour les immeubles collectifs.
Parallèlement, la baisse du taux d’intérêt de référence entraîne des réductions de loyers pour les anciens contrats. Mais la demande dépasse nettement l’offre. Cela pousse encore plus le marché du logement locatif vers la pénurie.
La propriété gagne, la conservation perd
L’abolition de la valeur locative modifie le paysage de la propriété. Sans charge fiscale, l’intérêt pour l’achat augmente, en particulier dans la catégorie des revenus moyens. Mais la suppression de la déduction forfaitaire pour l’entretien freine les investissements dans l’entretien des bâtiments. Certains cantons étudient déjà des impôts alternatifs pour compenser le manque à gagner. La décision de réforme a donc un double effet. Elle stimule le marché, mais comporte des risques pour le patrimoine bâti.
L’activité de construction s’effondre
En 2025, la production de bâtiments a nettement diminué. A Zurich d’environ 35 %, au Tessin même de 80 %. Les raisons en sont les incertitudes politiques, la hausse des coûts de construction et la complexité des procédures d’autorisation. Cela se répercute directement sur les prix des loyers, qui continuent d’augmenter dans de nombreuses régions.
Il en résulte une pénurie structurelle qui persistera en 2026. Même une légère baisse du nombre d’immigrants n’y changera pas grand-chose. Les membres de la SIV, en particulier, voient dans cette pénurie le principal moteur des prix de l’année.
La politique change la donne
Les cantons et les villes expérimentent des adaptations du droit de la construction, des quartiers sans voitures aux prescriptions plus strictes en matière de publication des pré-loyers. Pour les développeurs de projets, cela signifie plus d’incertitude, des procédures plus longues, des risques croissants.
Les investisseurs deviennent plus sélectifs, le choix du site gagne en importance. Le marché se fragmente de plus en plus en fonction des exigences locales.
Risques climatiques et nouveaux critères d’évaluation
Avec la circulaire FINMA 2026/1, la durabilité devient une obligation. Les banques et les assureurs doivent intégrer explicitement les risques climatiques et naturels dans leurs évaluations des risques.
Les sites exposés perdent en attractivité, les objets stables et résilients au climat gagnent. Pour les investisseurs institutionnels, cela signifie qu’il faut repenser les modèles d’évaluation et les portefeuilles.
Le logement a le vent en poupe, le commerce sous pression
L’évaluation de la SIV montre une image clairement divisée du marché. Le marché du logement reste robuste malgré le tournant des taux d’intérêt. La demande est forte, les taux de vacance continuent de baisser et devraient bientôt passer sous la barre des 1,2 %. Des augmentations de loyer sont réalistes, en particulier pour les nouvelles locations. La pression sur le marché se maintient.
En revanche, le secteur commercial est soumis à une pression croissante. De nombreuses entreprises cèdent des surfaces de bureaux, ce qui entraîne une légère augmentation du taux de vacance. Les nouveaux bâtiments modernes et conformes aux normes ESG s’affirment, tandis que les biens plus anciens perdent de leur attrait et qu’il faut faire des concessions sur les prix.
Le commerce de détail présente également un tableau mitigé. Les commerces de proximité restent stables, mais les surfaces de mode et d’électronique luttent contre une baisse de la fréquentation et de la rentabilité.
En ce qui concerne les hypothèques, les propriétaires profitent du faible niveau des taux d’intérêt. Dans l’ensemble, les coûts de financement baissent nettement. Parallèlement, les dépenses d’énergie et d’entretien augmentent et restent donc un facteur de coût fixe.
Malgré les incertitudes politiques et économiques, les membres de la SIV s’attendent pour la plupart à une hausse des prix et à des revenus stables dans le segment du logement et à une nouvelle baisse de l’activité de construction.
La différenciation comme facteur clé
En 2026, le marché reste robuste mais sélectif. La qualité, l’emplacement et l’aptitude au climat déterminent le succès. Alors que le logement est considéré comme une classe d’actifs sûre, le commerce devient un défi. Les investisseurs et les propriétaires sont confrontés à la tâche de lire plus précisément les environnements de marché et d’intégrer à temps les dynamiques réglementaires.