Comment les chercheurs font du béton un sauveur du climat
Le béton est le matériau de construction le plus utilisé au monde et l'un des plus grands pollueurs du climat. Une équipe de recherche européenne avec l'Empa et l'ETH Zurich veut changer cela. L'objectif n'est pas de réduire la quantité de béton, mais de créer un matériau de construction imprimé, sans ciment et même négatif en termes de CO₂, qui puisse être réparé et réutilisé.
Photo: Empa
Le projet européen CARBCOMN, lancé en 2024 et financé à hauteur d’environ six millions d’euros dans le cadre d’Horizon Europe, adopte une approche radicale. Au lieu d’utiliser davantage de matériaux, les chercheurs optimisent la forme. Le principe s’appelle « compression dominant structures » : les éléments de construction en béton sont conçus de telle sorte qu’ils soient presque exclusivement soumis à la compression, à l’instar des arches des ponts historiques en pierre. Le béton résiste bien à la compression, mais à peine aux forces de traction. Si l’on utilise ce principe de manière conséquente, on a besoin de moins de matériau et de moins d’armatures.
Imprimé, pas coulé
La fabrication numérique rend possible des formes impensables avec un coffrage traditionnel. Le robot imprime le béton couche par couche et laisse des cavités là où aucun renforcement n’est nécessaire, directement contrôlé par le modèle numérique. Cela permet non seulement d’économiser du matériau, mais aussi de réduire la charge sismique proportionnellement à la perte de poids. Dans les régions à risque sismique, c’est un avantage décisif.
Pas de ciment, pas de problème
Le béton du projet CARBCOMN ne contient pas de ciment. Le liant utilisé est le laitier d’acier, un sous-produit de l’industrie sidérurgique. Après l’impression, les éléments de construction sont placés dans une chambre dans laquelle du CO₂ est injecté. La réaction avec le mélange de laitier durcit le béton et lie durablement le gaz à effet de serre. Il en résulte un matériau de construction au bilan CO₂ négatif, composé exclusivement de déchets industriels.
Métal à mémoire
Ce béton ne se passe pas tout à fait d’armature, mais il utilise une spécialité de l’Empa depuis une vingtaine d’années, les alliages à mémoire de forme à base de fer (Fe-SMA). Ces barres métalliques pré-étirées se contractent au lieu de se dilater lorsqu’elles sont chauffées, ce qui permet de précontraindre ultérieurement l’élément de construction. Elles ne sont utilisées qu’après l’impression, ne perturbent pas le processus automatisé et peuvent être séparées ultérieurement du béton. Le spin-off de l’Empa re-fer apporte cette technologie directement au consortium.
Construit pour être démonté
Ce qui est construit doit aussi pouvoir être démonté. Les différents modules en béton sont conçus comme des blocs discrets qui peuvent être détachés, transportés et réassemblés ailleurs. Zaha Hadid Architects et Mario Cucinella Architects développent, en collaboration avec les équipes d’ingénieurs, des structures librement formées qui expriment architecturalement ce principe de circulation. D’ici 2028, un prototype réel devrait prouver que la construction en béton peut aussi ressembler à cela.