Comment l’ancien marché immobilier freine la nouvelle Chine
La Chine est à un tournant. Alors que les voitures électriques, l'IA et les technologies vertes font la une des journaux, une crise immobilière profonde ronge la base de l'économie. Les grands développeurs chancellent, les provinces croulent sous les dettes, la déflation ronge la confiance et pourtant Pékin s'accroche à son objectif de croissance robuste. La question n'est plus de savoir si la crise va frapper l'économie, mais combien de temps et à quel niveau.
Pendant des années, le secteur immobilier a été le principal moteur de la croissance chinoise. Construire, vendre, construire encore. Telle était la formule simple qui a parfois soutenu jusqu’à un tiers de la performance économique. En imposant des règles plus strictes pour limiter l’endettement, les dirigeants ont mis un frein à ce modèle, déclenchant une crise insidieuse mais persistante.
Evergrande a été le point d’inflexion visible en 2021. L’ancienne star du secteur a manqué le paiement des intérêts, est devenue une figure d’avertissement mondiale et a brusquement fait comprendre à quel point le modèle de croissance était vulnérable. Depuis lors, des promoteurs comme Country Garden et maintenant Vanke, un groupe longtemps considéré comme stable, sont sous pression. C’est le signe que le secteur immobilier n’a pas encore touché le fond.
Déflation, choc patrimonial et ménages inquiets
La crise immobilière ronge profondément l’économie réelle. L’immobilier résidentiel est le principal réservoir de richesse des ménages chinois. Lorsque les prix chutent en série, le sentiment de sécurité s’érode. Ceux qui considèrent leur propre appartement comme une prévoyance vieillesse deviennent réticents à consommer, à investir et à prendre de grandes décisions dans la vie.
En conséquence, la consommation intérieure est faible. La croissance du commerce de détail est nettement inférieure aux taux précédents et la conjoncture est confrontée à des pressions déflationnistes persistantes. La baisse ou la stagnation des prix peut sembler attrayante à court terme, mais elle augmente le poids réel de la dette et prolonge le processus d’assainissement du système immobilier et financier.
Les provinces dans l’ombre de la dette
La situation des gouvernements locaux est particulièrement délicate. Les provinces et les villes ont accumulé une dette colossale en vendant des terrains à des promoteurs et à des sociétés de financement hors bilan. Les ventes de terres ont été le principal poste de recettes, mais elles n’ont jamais suffi à soutenir durablement le boom de la construction et les programmes d’infrastructure financés à crédit. Maintenant que les ventes s’effondrent, les dettes cachées apparaissent au grand jour.
De nombreuses régions sont soumises à une diète forcée et silencieuse. Les investissements sont reportés, les dépenses réduites, les nouvelles infrastructures retardées. Avec des conséquences directes sur la croissance, l’emploi et les entreprises locales. La crise est donc moins un crash bruyant qu’une pression lente qui affaiblit le système pendant des années et réduit les marges de manœuvre.
L’ancienne économie tirée par l’immobilier rencontre la nouvelle puissance technologique
Parallèlement, la Chine se met en scène comme une superpuissance high-tech. Les constructeurs de voitures électriques, les entreprises d’intelligence artificielle et les groupes Internet qui se réinventent représentent la « nouvelle Chine ». La politique mise sur une stratégie technologique à long terme axée sur l’électromobilité, les semi-conducteurs, l’IA, les énergies renouvelables et la robotique.
Mais cette nouvelle économie repose sur des fondations issues de l’ancienne structure économique tirée par l’immobilier. Sans une demande intérieure stable, des canaux de crédit fiables et la confiance des ménages, le secteur de la tech ne peut pas non plus déployer pleinement sa dynamique. La voie du succès ne passe donc pas par un démantèlement ordonné du secteur immobilier, mais à travers lui.
Des objectifs de croissance en boomerang
Pékin maintient des objectifs de croissance ambitieux. L’objectif d' »environ 5% » est réalisable, car l’État et les entreprises d’État prennent des contre-mesures à de nombreux endroits. Pour les cadres locaux conscients, le signal reste clair : les chiffres doivent être corrects, au besoin avec d’autres projets qui ne portent guère de fruits sur le plan économique.
Il en résulte de nouveaux projets d’infrastructure et de construction qui soutiennent certes le PIB à court terme, mais ne résolvent pas les problèmes structurels. Au contraire, ils prolongent le cycle de la dette. Il en résulte une tension entre le récit officiel de la croissance et le besoin réel de deleveraging dans le complexe immobilier et la dette locale.
Ce qui est en jeu jusqu’en 2026
Les années à venir détermineront si la Chine parviendra à passer d’un modèle basé sur l’endettement et l’immobilier à une trajectoire de croissance basée sur l’innovation. Si le pays parvient à maîtriser la contraction du secteur immobilier tout en renforçant la consommation, la productivité et les secteurs d’avenir, il pourra rester solide malgré les creux. Si ce numéro d’équilibriste échoue, nous risquons d’assister à un scénario de croissance durablement faible, avec des poussées déflationnistes récurrentes et une méfiance croissante des investisseurs.
La crise immobilière n’est pas un problème marginal, mais le test central de la capacité de la Chine à corriger sa trajectoire économique. Il sera décisif de savoir si les dirigeants politiques et l’administration trouveront le courage de relativiser les objectifs de croissance à court terme en faveur d’un modèle plus viable, moins axé sur l’immobilier, et donc de ne pas laisser l’ancienne Chine écraser la nouvelle.