Opposition à la construction : le Conseil fédéral veut être plus ferme
En Suisse, les recours en matière de construction retardent les projets de logement et aggravent la pénurie de logements. La Confédération doit maintenant créer une base légale pour sanctionner les oppositions manifestement abusives. Sans pour autant annuler les droits de participation légitimes de la population.
Une étude commandée par l’Office fédéral du logement et l’Office fédéral du développement territorial montre que les oppositions et les recours sont la raison la plus fréquente pour laquelle les projets de construction de logements sont retardés ou même empêchés. Cela fait grimper les coûts, freine la construction et contribue à aggraver la pénurie de logements. Les cas les plus problématiques sont ceux où les recours ne servent pas à protéger les intérêts publics, mais à garantir des avantages privés ou à être utilisés comme moyen de pression. Comme par exemple lorsque de l’argent est exigé pour le retrait d’un recours
Nouvelles règles contre les abus de droit
La motion « Sanctionner les recours abusifs en matière de construction » vise à charger le Conseil fédéral de créer une base permettant d’obliger les opposants sans intérêt digne de protection ou avec une intention clairement abusive à payer des frais et, le cas échéant, des dommages et intérêts. Le Conseil fédéral est prêt à examiner les possibilités de sanctions existantes et à explorer dans quelle mesure il peut, sur la base de l’article 75 de la Constitution, fixer dans la loi sur l’aménagement du territoire des garde-fous concernant la légitimation à faire opposition et les conséquences des oppositions abusives. L’organisation concrète des procédures doit rester du ressort des cantons, mais s’inscrire dans un cadre légal fédéral
Délimitation délicate et risques ouverts
Les juristes soulignent combien il est difficile, dans la pratique, de qualifier clairement une opposition d’abusive. Des compensations financières pour le retrait d’un recours peuvent par exemple être légitimes si les voisins renoncent à la vue, à la tranquillité ou à d’autres positions. En outre, des acteurs tels que Patrimoine suisse mettent en garde contre le fait que des obstacles plus stricts et des menaces de sanctions pourraient affaiblir la protection des sites et des monuments historiques. En particulier dans les cantons sans droit de recours des associations, où les voisins font souvent office de dernière instance de protection. Le Parlement devra donc procéder à un exercice d’équilibre. Accélérer les procédures et limiter les abus, sans pour autant dévaloriser les oppositions légitimes et la participation démocratique.